Ah ! Comme Longueuil a neigé…
Est-ce que la neige est plus blanche à Longueuil qu’à Montréal ?
Là où je reste, certainement.

La neige est d’autant plus blanche que le trajet s’allonge pour venir travailler à Montréal… On ne peut pas tout avoir. Faut trouver des compensations. Donc, je regarde la neige, la scrute, l’admire, l’apprécie, crée des liens fraternels avec elle. Je l’écoute tomber, me repaît de son silence. Le temps s’étire comme une couverture de flocons et je le regarde se cristalliser dans ma vitre.

Tout l’hiver, la neige a avancé et reculé sur mon balcon qui tenait lieu de plage. Je me laisse hypnotiser comme devant la marée, le ressac. Avec ses vagues de froid. Ses fronts chauds. Et son soleil, maintenant, qui se donne des airs de printemps. Petit baveux. Agace.

J’épie le temps, me tapie dans ses recoins pour qu’il oublie d’avancer. Pour que ses beautés passagères prennent racine chez moi. Pour un instantané qui le fera encore résonner la nuit venu. Tout ce temps qu’on accapare, qu’on investit, en est de gagné sur celui qui fuit.

Je photographie le temps qui fond. Pour le voir couler lentement. Colmater les fuites. L’hiver prend l’eau de toute part. Il faut apprendre à flotter avec lui.

Je regarde la blancheur de la neige comme si la pureté du monde y logeait. Fugace et fugitive. C’est maintenant la marée descendante.

Les empreintes éphémères sur la plage entre deux passages.

Tiens, déjà la printemps! L’hiver va son chemin. Ouste gamin, petit garnement, on t’a assez vu! Tu pars pourtant en volant une saison. Tes culottes ne te feront plus l’hiver prochain. Faudra te trouver d’autres vêtements pour te tenir au chaud. Salut, je dois maintenant aller rejoindre l’autre qui te remplacera, le temps d’un printemps. L’autre qui voudra bien jouer avec moi à étirer le temps.







